Enseignement apprentissage du français en Algérie - Etude d'une nouvelle fantastique
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Etude d'une nouvelle fantastique

Le récit fantastique : repères
 1. Histoire du genre fantastique
 ·         Le récit fantastique apparaît en France au XVIIème siècle alors que les philosophes des Lumières combattent le triomphe de la raison. J. Cazotte (1719-1792) est l’initiateur du genre avec Le diable amoureux : Biondetta est-elle une charmante jeune fille ou le diable en personne ?
 
·         Au début du XIXème siècle, le récit fantastique connaît un véritable essor dans toute la littérature européenne sous la forme privilégiée du conte et de la nouvelle. Lié aux premières études sur la folie, il exprime un mouvement de révolte contre le rationalisme qui prétend tout expliquer par la raison. Nodier, Balzac, Gautier, Mérimée, Villers de L’Isle-Adam, Maupassant y trouvent une source d’inspiration déterminante.
• Au XXème siècle, le récit fantastique prend un nouvel élan avec les interrogations de l’homme sur la condition humaine ; les écrivains y expriment leur univers intérieur (Kafta, Buzzati). Le genre s’oriente également vers l’heroïc fantasy, sortes de récits merveilleux qui renvoient à l’origine de l’humanité (Tolkien, Le Seigneur des anneaux, 1966) ; ou bien il dévie vers des récits de terreur et d’épouvante (Stephen King).
 
Le genre fantastique est souvent confondu avec d’autres genres aux caractéristiques proches.
 ·         Le récit merveilleux (ou conte de fées) présente, comme le récit fantastique, des événements et des personnages surnaturels (fées, sorcières, animaux ou objets magiques) ; mais il se place sous l’invocation de la formule « Il était une fois » de sorte que le lecteur admet l’existence du surnaturel sans chercher à l’expliquer ou à la contester.
 ·         Dans les récits de science-fiction, l’action se déroule sans un futur imaginaire fondé sur le progrès scientifique et les avancées technologiques. Les personnages y assouvissent leurs rêves ou se sont plongés dans l’angoisse (machine à remonter le temps, présence d’extra-terrestres, savant fou investi de tous les pouvoirs, …). Le monde de la science-fiction est accepté comme tel par les personnages et le lecteur, ledoute est absent de cet univers.
 
Pour commencer, voici une nouvelle intitulée « Le train perdu ».
 
 
         Tiphaigne Hoof, le chef de gare, agita à bout de bras son fanal et cria par habitude « En arrière les voyageurs » tandis que le train 1815, gémissant de tous ses freins serrés, entrait en gare.
         Par habitude ; car il n’y avait pas un seul voyageur sur le quai. Pas un seul ; Tiphaigne Hoof, d’un coup d’œil, le constata, non sans regret. « Ces sacrés trains de nuit ! grogna-t-il ; jamais un chat. »
         Le train, cependant, avait stoppé. Tiphaigne Hoof, homme méticuleux, vérifia d’abord les signaux de queue, histoire d’être bien sûr que nul wagon ne fût resté à la dérive. Puis il marcha le long des quatre voitures – un petit train ! – du fourgon. Le fanal promené au ras du trottoir, éclairait les essieux, les châssis et les attelages. Suivant le chef de gare, l’homme d’équilibre frappait chaque roue d’un coup de marteau, pour éprouver le métal au son.
         A la hauteur des machines, Tiphaigne Hoof s’arrêta pour souhaiter le bonsoir au mécanicien. Et le mécanicien répondit à Tiphaigne Hoof qu’il faisait froid – bougrement.
         « Ces sacrés trains de nuit ! » redit le chef sympathique.
         Et les trois minutes d’arrêt écoulées, il cria par habitude : « En voiture ! » avant de donner le coup de sifflet règlementaire. Mais, soudain, il resta bouche bée ; il aurait juré, l’instant d’avant, que le quai, d’un bout à l’autre était désert ; et voilà que deux voyageurs y avaient surgi comme d’une trappe ! Deux voyageurs, un très grand, un très petit, tous deux prêts à monter en wagon.
         « En voiture ! » répéta tout de même Tiphaigne Hoof, criant plus fort. Et il s’avança car ces deux voyageurs ne se hâtaient point.
         En vérité, je vous dis, c’étaient deux drôles des voyageurs ! Tiphaigne Hoof ahuri déjà de leur apparition subite et un rien mystérieuse, écarquilla les yeux en les voyant de près.
         Le petit, très petit, n’avait rien de trop extraordinaire dans la figure, sauf qu’il semblait aussi vieux que le Juif errant, et que ses cheveux, longs à la mode d’il y a cent ans, lui pendaient plus bas que le col. Son accoutrement était tout à fait invraisemblable : cela comprenait un pantalon bizarre, serré aux genoux comme une culotte, des souliers à boucles, une sorte d’habit-redingotte à boutons d’argent, dont les larges basques bouffaient comme un jupon.
Ajoutez un chapeau de castor, bossué si singulièrement qu’on aurait dit un tricorne. Et le tout sentait le moisi à suffoquer. Une canne à pomme d’or parachevait la défroque, une canne plus haute que l’homme. Il s’y appuyait en la serrant à deux mains.
L’autre voyageur, le grand – très grand – était beaucoup, beaucoup plus étrange encore ; et en le considérant, Tiphaigne Hoof, chef de gare, se sentit gêné et peureux. C’était une longue silhouette tout enveloppée d’un long manteau pareil à une draperie ou à un linceul, lequel manteau traînait à terre et n’avait ni forme ni couleur qu’on pût préciser. Un capuchon – un capuchon ou une cagoule ? – cachait la tête. On ne voyait que deux yeux caves et une barbe blanche de deux pieds. Une main décharnée sortait du manteau, et touchait du bout de ses doigts blafards un bras du diable à bagages, oublié là par l’homme d’équipe – oublié bien mal à propos, pensa plus tard Tiphaigne Hoof.
         Oui, oui, c’étaient deux drôles de voyageurs. Mais on n’avait guère le temps d’y penser, parce qu’il était l’heure du départ passée.
         « En voiture », réitéra Tiphaigne Hoof, énergiquement.
         Alors, le vieux petit voyageur se décida. Il plia sur les jarrets et sauta, par-dessus le marche-pied, dans le wagon, avec une agilité tout à fait bizarre – cependant que son compagnon, le long voyageur à longue barbe blanche, demeurait encore immobile sur le quai, sa main touchant toujours le diable oublié par l’homme d’équipe.
         « Allons, monsieur, montez », dit Tiphaigne Hoof ; et il s’approcha pour aider à l’ascension.
         Mais le petit vieux, déjà en wagon, cria tout à coup, d’une fantastique voix de fausset qui secoua comme des cordes de cloches tous les nerfs de Tiphaigne Hoof : « Ne le touchez pas, ha, ha, ha ! »
         Et Tiphaigne Hoof, effaré, recula de trois sauts. Ce qui fit que l’homme qu’il ne fallait pas toucher monta tout seul, comme il le put.
         Tiphaigne Hoof se rappela plus tard, avoir entrevu dans les plis flottants du manteau-linceul quelque chose d’aigu et de bleuâtre qui luisait comme un fer de faux…
         La portière claqua, et Tiphaigne Hoof donna le signal.
         La machine lança son hululement sinistre ; la vapeur fusa des cylindres ; les pistons poussèrent les bielles, et le train partit. Hors de la gare, la nuit le mangea : on n’en vit plus rien. Seul le triangle rouge des trois fanaux d’arrière, réfléchi sur l’acier des rails, scintilla encore une minute. Puis cela même disparut.
         Alors, Tiphaigne Hoof, chef de gare, effaça le signal de cantonnement, puis le remit à l’arrêt, pour couvrir le train parti, comme le prescrit l’article 7 du règlement. Après quoi, il se rendit au canton précédentVoie libre, et annonça le train au prochain poste. Tout était en ordre.
         Une idée cependant tracassait Tiphaigne Hoof.
         Il appela le receveur.
         « Japp, où allaient-ils donc les deux voyageurs de tantôt ?
-       Quels voyageurs, chef ?
-       Les deux… le grand et le petit… ceux du train 1815.
-       Je n’ai pas donné de billet pour le train 1815, chef ! J’ai vu personne, ni grand, ni petit… »
Tiphaigne arrondit la bouche. Mais avant qu’il eût fait : « Ho », la voix de l’homme d’équipe ébranla toute la gare.
         « Chef, chef ! Ah bien par exemple ! Chef ! »
         Tiphaigne Hoof se précipita : « Ne gueulez donc pas comme ça ! Qu’est-ce qui arrive ?
-       Chef ! Bon Dieu de bon Dieu Seigneur ! Regardez donc ça ! »
Ca, c’était le diable à bagages. Tiphaigne Hoof regarda, et, stupide, se tut…
         Le diable à bagages, honnête et robuste brouette de fer forgé, neuve l’instant d’avant, n’était plus qu’un débris de ferraille, usé, rongé, rouillé – oh rouillé comme s’il eût séjourné cent ans au fond de la mer ! Les roues disloquées, les pieds tordus, les châssis en loques, tout se confondait en un décombre couleur de brique. Et un bras entier manquait, celui-là même qu’avait touché l’étrange voyageur à barbe blanche. Là où ce bras avait été, un peu de poussière rougeâtre gisait…
         Tiphaigne Hoof, muet, passa sur son front moite une main qui tremblait.
         Mais soudain, une secousse de tout son être le fit bondir – le fit bondir vers l’appareil de block : un pressentiment l’avait traversé comme une balle. Et devant l’appareil, il recula, terrifié : il y avait, l’œil de bœuf en faisait foi – il y avait plus d’un quart d’heure que le train 1815 était parti, et le guichet supérieur, qu’on manœuvre du poste au-delà, montrait toujours son voyant rouge : Voie occupée.
         Le train 1815 n’avait donc pas encore atteint ce poste au-delà, et l’horaire témoignait qu’il eût dû le dépasser dès la neuvième minute !
         Tiphaigne Hoof, le cœur comme dans un étau, lança le signal règlementaire : « Dernier train annoncé a-t-il dépassé votre poste ! »
         La réponse vint, immédiate : « Dernier train annoncé n’a pas dépassé mon poste. »
         Derrière le chef de gare, le receveur et l’homme d’équipe, pâles comme un linge, lurent la phrase menaçante.
         « Il y a détresse », prononça le receveur, parlant bas comme dans une chambre mortuaire.
         « Non, non et non ! » cria Tiphaigne Hoof, luttant contre sa propre épouvante. « Il n’y a pas détresse, pas encore. Il y a marche lente, voilà tout… »
         Mais l’instant d’après, son énergie fauchée, lui-même lançait sur tout le réseau le signal définitif qui annonce les catastrophes : « Train en détresse sur voie 1 », quoique le règlement ordonne de ne transmettre ce signal que sur l’ordre écrit du conducteur-chef du train en détresse. Oui. Mais déjà, Tiphaigne Hoof savait bien, était sûr, trop sûr ! que le conducteur-chef du train 1815 n’était plus en état de donner aucun ordre, écrit ou non.
         Et on attendit dans la terreur.
         Quinze minutes se traînèrent. La machine de secours envoyée par la grande gare, passa en sifflant. Quinze autres minutes suivirent.
         Et alors, une chose prodigieuse, fantastique, inouïe, une chose que chef de gare passé ou futur n’a vue jamais ni ne verra – survint : le guichet de l’appareil de block pivota, découvrant le voyant blanc : « Voie libre », en même temps que la sonnerie du poste au-delà avertissait : « Machine de secours a dépassé mon poste. »
         Vous comprenez ? La machine de secours, lancée sur la voie du train 1815, derrière le train 1815, avait dépassé le poste au-delà, que le train 1815, lui, n’avait pas atteint ! Et la voie était libre ! Ni déraillement, ni tamponnement. Rien du tout. Rien. Simplement ceci, impossible et pourtant constaté : que le train 1815 n’était ni au-delà, ni en deçà du poste de block, et, par conséquent, qu’il n’y avait plus de train 1815…
         Tiphaigne Hoof, chef de gare, ne prononça pas une syllabe. Il alla seulement regarder, très longuement, ce qui restait du diable à bagages. Le débris s’était émietté durant la dernière demi-heure. Il ne restait maintenant qu’un petit tas de rouille.
         Personne, jamais, n’a plus ouï parler du train 1815. Le mystère est resté entier. Les recherches ultérieures – au bas des talus, dans la rivière et ailleurs – n’ont fait découvrir nul vestige. Une enquête spéciale, menée dans le plus grand secret, n’a donné aucun résultat.
         Tiphaigne Hoof, pourtant, a constaté, lui, que du kilomètre 2304 au kilomètre 2307, les cailloux du ballast (morceaux de pierre placés sous les traverses d’une voie ferrée), gris naguère, sont aujourd’hui rougeâtres et comme poudrés d’oxyde de fer.
         Tiphaigne Hoof a constaté cela. Mais, bien entendu, il n’en a jamais ouvert la bouche à âme qui vive non plus que des deux voyageurs mystérieux, non plus que du diable disparu, non plus que de Tiphaigne Hoof ne parle jamais du train 1815. Il ne s’est confié – un jour qu’il était fabuleusement ivre – qu’à moi.
 
 
Claude Farrère, « Le Train perdu », nouvelle publiée en 1928 dans L’Autre côté, Contes insolites, éditions Flammarion.

 
Questionnaire faisant suite à l’écoute du texte :
 
 Où et quand se déroule l’histoire ?
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 Un événement inhabituel vient troubler le travail du chef de gare au début du récit. Lequel ?
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 Pourquoi le chef de gare envoie-t-il son premier message au poste suivant ?
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 Après la réponse du poste suivant, pourquoi Tiphaigne Hoof désobéit-il au règlement en envoyant le signal de détresse ?
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 Que représente le grand voyageur ?
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 Pourquoi y a-t-il des traces rougeâtres sur les cailloux ?
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 Reste t-il une trace officielle de la disparition du train ?
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 Quelle conclusion peut-on tirer après la passage dans les deux sens de la locomotive de secours ?
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Après cette première immersion dans le fantastique, analysons les caractéristiques de ce genre littéraire.
 
           
Le fantastique  
 
Réalisé à partir du dossier « Le Fantastique » - Françoise Chatelain,http://users.skynet.be/litterature/
 
 Introduction :
Longtemps considéré comme genre facile, du domaine de la paralittérature – même si les plus grands auteurs des XIXe et XXe siècles l’ont pratiqué -, le fantastique connaît aujourd’hui un regain d’intérêt alors qu’il n’y a pas si longtemps, on le disait mort sous le coup de la science-fiction.
 
Définir le fantastique :  
 
 Si nous regardons au dictionnaire, la définition du fantastique est la suivante :
 
Fantastique : Se dit d’une œuvre littéraire, artistique ou cinématographique décrivant l’irruption du surnaturel et de l’irrationnel dans la réalité quotidienne.
 
 La définition nous permet donc de comprendre qu’au départ d’une situation initiale « normale » se succèdent des événements étranges, insolites, bizarres.
 
Caractéristiques du genre : 
 
1.               Les éléments constitutifs :
 
La littérature fantastique relève de la fiction, ce qui signifie que l’auteur et le lecteur savent que les événements racontés sont imaginaires.
Le récit est souvent écrit en « je » ; les « non personnes » sont importantes et décrites de manière vague (il, la chose, quelque chose…) ; le vocabulaire fait souvent appel à des croyances anciennes, des personnages mythiques.
La peur est le moteur de la narration. Elle provient de l’incertitude de la présence du danger et est provoquée par l’apparition d’un événement en apparence surnaturel dans un univers qui ne connaît que les lois naturelles.
Le lecteur hésite alors entre une explication rationnelle des événements et une explication surnaturelle. Cette hésitation est également ressentie par un personnage dont le lecteur devient le relais. Tous deux doutent.
 
2.              Comment distinguer le fantastique du merveilleux ?
 
Dans le récit merveilleux, le critère d’irréalité est accepté au départ. Le récit commence souvent par « il était une fois » et les personnages féeriques sont considérés sans étonnement parce que le lecteur sait qu’il est plongé dans un monde complètement différent (comme dans Harry Potter par exemple). Dans ce genre littéraire, la conclusion est souvent satisfaisante pour le lecteur et les personnages (souvent cela se termine bien). Dans le fantastique, ce n’est généralement pas le cas car la situation finale n’est pas vraiment la même que la situation initiale : quelque chose a changé.
 
3.              Comment le distinguer de la science-fiction ?
 
La SF veut mettre en place un monde nouveau basé sur des découvertes scientifiques. Il s’agit généralement d’une projection dans le temps tandis que le fantastique se déroule ici et maintenant.
 
4.              Thèmes fantastiques :
 
Les thèmes du fantastique sont nombreux et variés. En voici quelques-uns :
 
Le loup-garou, les vampires, les troubles de la personnalité, les spectres, les maisons hantées par des présences, les statues maléfiques, les demeures désertes, le diable, la double personnalité….
 

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